SANTÉ PUBLIQUE: Un nouveau pas pour se rapprocher du privé
SANTÉ PUBLIQUELe sénateur Gérard Larcher doit rendre jeudi ses conclusions sur la réforme
hospitalière
« Les hôpitaux seront incités à mettre en commun leurs moyens »
Eclairage
Un nouveau pas pour se rapprocher du privé
Article paru dans Le Monde, édition du 11.04.08
UNE NOUVELLE FOIS, l'hôpital public est appelé à se réformer. Réputés
coûteux et lourds, les établissements hospitaliers font pourtant partie des
services publics qui se sont le plus transformés ces dernières années. La
réorganisation de la carte hospitalière, en marche depuis les années 1990, a
abouti à la fermeture des deux tiers des petites maternités et au
regroupement de dizaines d'hôpitaux.
L'hôpital public (296 000 lits) a aussi absorbé la réforme de la gouvernance
et l'instauration d'un financement à l'activité : des bouleversements qui
l'ont rapproché du fonctionnement des cliniques privées (166 000 lits).
Lancé en 2004, le plan Hôpital 2007 a consacré la gestion médico-économique
des établissements hospitaliers. Les médecins sont directement associés à la
santé financière des établissements. Les différents services ont été
regroupés en « pôles » afin de mutualiser les moyens matériels et humains et
faire des économies d'échelles. Les médecins seniors qui ont accepté la
fonction de chef de pôle sont appelés à gérer au mieux budgets (51,2
milliards d'euros de dépenses) et personnels (1 million). Parallèlement,
l'hôpital public a intégré le passage à la tarification à l'activité.
Jusque-là, les budgets des hôpitaux, payés par l'assurance-
renouvelés d'année en année sans distinction entre les établissements.
Désormais, ils sont financés pour une part en fonction de leur activité, qui
varie d'un hôpital à l'autre ; et pour une autre part en fonction d'une
enveloppe qui rémunère les missions d'intérêt général et les activités de
recherche. Ce nouveau système, en provenance des pays anglo-saxons, est
censé favoriser le dynamisme, en rémunérant davantage ceux qui parviennent à
une meilleure productivité. Il n'est pas dénué d'effets pervers : nombre de
médecins pointent le risque que l'hôpital favorise les soins techniques,
rapides et standardisés, au détriment des consultations plus longues et plus
complexes comme la prévention ou la prise en charge des patients les plus
démunis.
Dans ce contexte, l'hôpital public fait face à une concurrence accrue des
cliniques privées. Depuis 2003, le secteur privé est engagé dans un
mouvement de concentration, de nombreuses cliniques ayant été rachetées par
des fonds d'investissement. Ces cliniques génèrent de forts dividendes, en
captant une offre de soins toujours plus grande : les deux tiers des
activités chirurgicales y sont réalisées, l'hôpital public n'assurant plus
que les actes urgents ou les plus spécialisés. Le privé parvient désormais à
débaucher les praticiens hospitaliers, attirés par des rémunérations
supérieures et un fonctionnement plus souple.
De plus en plus de médecins et de directeurs d'hôpitaux plaident pour que
les outils du privé soient accordés au public. C'est tout le sens des
préconisations de la mission présidée par Gérard Larcher, dont les grandes
lignes devraient être reprises par le gouvernement. Reste un paramètre
central : avec au moins 500 millions d'euros de déficit cumulés en 2007, les
hôpitaux sont au bord de l'asphyxie financière.
Cécile Prieur


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