Franchises médicales: dans "Le Monde" du 9 octobre
Franchise médicale ? Soyons clairs Faire payer le malade ne réglera pas le
déficit de la " Sécu "
Est-ce nouveau dans la santé ? Non. Les gouvernements successifs de
droite et de gauche ont eu recours à ces mécanismes financiers faisant payer
le malade : forfait hospitalier, 1 euro sur les consultations, ticket
modérateur sur les actes techniques, etc. Les déremboursements successifs de
médicaments participent de la même logique économique, en rupture avec le
pacte social de 1945. Le financement des soins glisse du cotisant et du
contribuable vers le malade. Alors, pourquoi les franchises médicales
suscitent-elles un tel rejet, de la population, de la société civile et de
politiques de tout bord ? Peut-être justement parce qu'il est dit
franchement que désormais le malade doit financer les soins !
Peut-on attendre un quelconque effet positif de ces franchises
médicales ? Non plus ! Le malade n'est pas un consommateur et ne réagira pas
pour sa santé comme pour la carrosserie de sa voiture. Toutes les études
internationales montrent un effet nul sur la consommation. Et pour
équilibrer le déficit, il faudrait des franchises de plusieurs milliers
d'euros par malade et par an. Les sommes espérées, 850 millions d'euros,
sont sans commune mesure avec le déficit. Il est donc probable que les
franchises seront étendues, augmentées à l'image du forfait hospitalier.
En outre, les franchises sont socialement inacceptables, alors que les
dépenses de santé sont financées par les cotisations et impôts à l'un des
plus hauts niveaux du monde : faudrait-il payer deux fois, une fois sur les
cotisations et impôts et une autre fois lorsqu'on est malade ? Les plus
pauvres financeront par la non-consommation, et les classes moyennes par une
nouvelle ponction qui mettra à mal le lien social.
Les franchises peuvent-elles avoir un impact négatif ? Oui, bien sûr !
Elles aggraveront d'abord les difficultés d'accès aux soins, socialement
injustes dans un système solidaire. Surtout, leur généralisation provoquera
une nouvelle désorganisation de ceux-ci. Le premier recours aux soins
retardé par les franchises provoque toujours un recours par contournement -
accès direct à l'hôpital - ou un second recours différé après une
aggravation de la maladie.
Cette dérive est toujours beaucoup plus coûteuse. C'est d'ailleurs
bien la cause du déficit actuel des dépenses de santé. Les franchises
médicales par la désorganisation des soins ne peuvent au final qu'aggraver
le déficit déjà historique de la Sécurité sociale.
Ce même mécanisme d'aggravation du déficit se retrouve avec la fausse
bonne idée de l'automédication, qui va de pair avec les franchises médicales
: on retarde les soins, on se traite par l'automédication. Certaines
complémentaires, au nom de l'automédication, conseillent un médicament pour
un symptôme. Mais la maladie vraiment installée coûte plus cher, donc
accroît le déficit.
Alors que faire de ce déficit historique et récurrent ? Organiser la
distribution des soins. Identifier et nommer le premier recours. Donner un
mode d'emploi clair aux Français : " Vous êtes malade, vous pensez être
malade, vous craignez d'être malade : consultez votre médecin traitant ! "
Ce médecin traitant remplira les fonctions cardinales du médecin généraliste
pour peu qu'il en ait les moyens professionnels (temps, personnel, plateau
technique, informatique...).
A l'image de pays étrangers où la médecine générale et les soins
primaires constituent la pierre angulaire d'un vrai système de santé. Ces
fonctions sont connues : premier recours, synthèse, coordination des soins
pour accueillir le patient, analyser la demande de soin, identifier le
besoin, organiser l'intervention des autres professionnels (pharmaciens,
biologistes, infirmières, médecins, spécialistes) , voire, dans les cas les
plus graves, hospitaliser. C'est la seule voie de régulation du système de
soins qui concilie la qualité des soins et les équilibres économiques. Sans
franchise bien sûr pour les malades qui suivent les préconisations de leur
médecin traitant.
Martial Olivier-Koehret
Président de MG France
déficit de la " Sécu "
Est-ce nouveau dans la santé ? Non. Les gouvernements successifs de
droite et de gauche ont eu recours à ces mécanismes financiers faisant payer
le malade : forfait hospitalier, 1 euro sur les consultations, ticket
modérateur sur les actes techniques, etc. Les déremboursements successifs de
médicaments participent de la même logique économique, en rupture avec le
pacte social de 1945. Le financement des soins glisse du cotisant et du
contribuable vers le malade. Alors, pourquoi les franchises médicales
suscitent-elles un tel rejet, de la population, de la société civile et de
politiques de tout bord ? Peut-être justement parce qu'il est dit
franchement que désormais le malade doit financer les soins !
Peut-on attendre un quelconque effet positif de ces franchises
médicales ? Non plus ! Le malade n'est pas un consommateur et ne réagira pas
pour sa santé comme pour la carrosserie de sa voiture. Toutes les études
internationales montrent un effet nul sur la consommation. Et pour
équilibrer le déficit, il faudrait des franchises de plusieurs milliers
d'euros par malade et par an. Les sommes espérées, 850 millions d'euros,
sont sans commune mesure avec le déficit. Il est donc probable que les
franchises seront étendues, augmentées à l'image du forfait hospitalier.
En outre, les franchises sont socialement inacceptables, alors que les
dépenses de santé sont financées par les cotisations et impôts à l'un des
plus hauts niveaux du monde : faudrait-il payer deux fois, une fois sur les
cotisations et impôts et une autre fois lorsqu'on est malade ? Les plus
pauvres financeront par la non-consommation, et les classes moyennes par une
nouvelle ponction qui mettra à mal le lien social.
Les franchises peuvent-elles avoir un impact négatif ? Oui, bien sûr !
Elles aggraveront d'abord les difficultés d'accès aux soins, socialement
injustes dans un système solidaire. Surtout, leur généralisation provoquera
une nouvelle désorganisation de ceux-ci. Le premier recours aux soins
retardé par les franchises provoque toujours un recours par contournement -
accès direct à l'hôpital - ou un second recours différé après une
aggravation de la maladie.
Cette dérive est toujours beaucoup plus coûteuse. C'est d'ailleurs
bien la cause du déficit actuel des dépenses de santé. Les franchises
médicales par la désorganisation des soins ne peuvent au final qu'aggraver
le déficit déjà historique de la Sécurité sociale.
Ce même mécanisme d'aggravation du déficit se retrouve avec la fausse
bonne idée de l'automédication, qui va de pair avec les franchises médicales
: on retarde les soins, on se traite par l'automédication. Certaines
complémentaires, au nom de l'automédication, conseillent un médicament pour
un symptôme. Mais la maladie vraiment installée coûte plus cher, donc
accroît le déficit.
Alors que faire de ce déficit historique et récurrent ? Organiser la
distribution des soins. Identifier et nommer le premier recours. Donner un
mode d'emploi clair aux Français : " Vous êtes malade, vous pensez être
malade, vous craignez d'être malade : consultez votre médecin traitant ! "
Ce médecin traitant remplira les fonctions cardinales du médecin généraliste
pour peu qu'il en ait les moyens professionnels (temps, personnel, plateau
technique, informatique.
A l'image de pays étrangers où la médecine générale et les soins
primaires constituent la pierre angulaire d'un vrai système de santé. Ces
fonctions sont connues : premier recours, synthèse, coordination des soins
pour accueillir le patient, analyser la demande de soin, identifier le
besoin, organiser l'intervention des autres professionnels (pharmaciens,
biologistes, infirmières, médecins, spécialistes)
plus graves, hospitaliser. C'est la seule voie de régulation du système de
soins qui concilie la qualité des soins et les équilibres économiques. Sans
franchise bien sûr pour les malades qui suivent les préconisations de leur
médecin traitant.
Martial Olivier-Koehret
Président de MG France


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