Psy Show et poudre aux yeux
Article paru dans Le Canard Enchainé du 29 août 2007 :
Sarko veut juger les malades mentaux, mais la psychiatrie crie toujours misère.
En utilisant l’assassinat de deux soignantes, en 2004, à l’hôpital psychiatrique de Pau, comme prétexte à sa dernière lubie judiciaire, Sarko s’est bien gardé de revenir sur la question qui avait fait alors polémique. A savoir le manque évident de moyens en psychiatrie. « C’est pourtant là qu’il y a urgence, martèle le président du syndicat des psychiatres des hôpitaux, Pierre Farraggi. Le nombre de patients a augmenté de 50 % en quinze ans. Il faut prendre la mesure des besoins. »
Après ce massacre, le ministre de la santé de l’époque, Douste-Blabla, avait lancé un plan de rattrapage de 750 millions sur quatre ans. « L’argent est là, mais c’est dans un trompe l’œil, » assène Pierre Farraggi. De l’affichage, estime Norbert skurnik, le président du syndicat des psychiatres de secteur. Ce plan devait permettre de créer des postes de soignants et des structures nouvelles, mais, comme les budgets restent totalement insuffisants sur les activités existantes, ça ne sert qu’à colmater les brèches !
Malades à la rue
Principale avancée : un moratoire sur la fermeture des lits de psychiatrie, passées de 84 000 en 1987 à 57 000 en 2005. Il y a aussi une relance de l’investissement pour moderniser les établissements, estime Bernard Raynal, président de l’association des établissements publics de santé mentale. Ca n’empêche qu’on manque de lits. Résultat : des lits d’appoint et des patients qui sortent trop tôt, explique Norbert Skurnik. Il y a des centaines de milliers de psychotiques, pas assez dangereux pour être enfermés, qui souffrent et finissent souvent à la rue, faute de soins. »
Et sans carotte à l’embauche, 800 postes de psychiatres restent vacants. « On avait obtenu, fin 2004, une prime de 400 euros par mois pour les médecins qui se déplacent beaucoup, explique Pierre Farraggi. Mais l’arrêté n’est sorti qu’en mars dernier et tous les prétextes sont bons pour faire traîner les choses. A notre connaissance, personne n’en a encore vu la couleur. » Rien non plus pour les aides soignantes et les infirmières, pas mieux payées que dans un hôpital classique.
Le ministère de la santé n’est pourtant pas si pingre. Il vient discrètement d’accorder une prime de 10 000 euros aux patrons de 55 établissements jugés « difficiles », parmi lesquels trois hôpitaux psychiatriques. Le petit personnel appréciera.
