Les "découvertes" de Sarkozy à l'hôpital

Article paru dans l'Humanité, édition du 2" mai 2007

Les « découvertes » de Sarkozy à l'hôpital
Santé . En visite hier à Dunkerque, le chef de l'État s'est inquiété des
heures supplémentaires non payées aux hospitaliers. pour la CGT, une
conséquence du déficit budgétaire.

Après l'écologie, la santé. Vite, couvrir tous les terrains, embrasser tous
les problèmes, à commencer par les plus sensibles. Et, surtout, donner l'impression
que l'on veut réussir là où l'ancien gouvernement, dont on était pourtant
une pièce essentielle, a échoué... Hier, donc, Nicolas Sarkozy a exprimé son
grand intérêt pour l'hôpital et ses personnels, en allant visiter le centre
hospitalier de Dunkerque (Nord). Le chef de l'État a annoncé qu'il avait
demandé à la ministre en charge du dossier, Roselyne Bachelot, de conduire
« une grande concertation sur les missions de l'hôpital ». Posant une fois
encore en partisan de la « rupture », il a déclaré : « On ne peut pas
continuer comme ça. Il faut donner des moyens à l'hôpital. Il faut réformer
l'hôpital, la carte hospitalière, l'organisation de l'hôpital. »

« conscient

qu'il y a un malaise »

Quant au personnel, le président s'est dit « parfaitement conscient qu'il y
a un malaise », avant de le couvrir de fleurs. « Les gens qui travaillent à
l'hôpital se dévouent avec un coeur extraordinaire et beaucoup de
compétence. » « Il faut prendre conscience qu'il y a beaucoup de douleur, et
beaucoup de souffrance, et que le personnel qui supporte tout ça mérite de
la considération », « à la fois morale, personnelle et financière »... Seule
perspective concrète évoquée pour l'heure par Nicolas Sarkozy : la question
de la rémunération des heures supplémentaires, sur laquelle il a demandé à
Mme Bachelot de se pencher.

Au vu de cette prestation, on en viendrait presque à douter que le même
Sarkozy a été des gouvernements qui se sont succédé depuis cinq ans, lui
comme, d'ailleurs, l'un de ses lieutenants, Xavier Bertrand, qui n'était
autre que le ministre de la Santé du cabinet Villepin... Le président en
appelle aujourd'hui à une « réforme », mais, précisément, Xavier Bertrand en
a lancé une ces dernières années (Hôpital 2007), qui a consisté à modifier
le mode de financement de l'hôpital (par la tarification à l'activité) et sa
gouvernance, pour les aligner sur ceux de l'entreprise privée et injecter
dans ce domaine éminent du service public la culture de la rentabilité. Et
cette thérapie n'a pas précisément eu pour effet de soigner le malade, comme
en témoignent régulièrement les divers acteurs de l'hôpital.

« Les hospitaliers n'ont pas besoin qu'on pleure sur leur sort, déclarait
hier à l'Humanité Nadine Prigent, secrétaire générale de la fédération CGT
de la santé. On a vingt ans de réformes à l'hôpital, des réformes dont les
axes essentiels ont été des politiques d'économies. » La question posée
aujourd'hui est plutôt « de se mettre d'accord sur le sens des réformes ».
Nicolas Sarkozy semble avoir découvert hier qu'on ne payait pas la totalité
des heures supplémentaires aux hospitaliers, note la syndicaliste. Le
problème est pourtant quasi endémique : une évaluation officieuse fait état
de quelque 2 millions de jours accumulés par les personnels sur leurs
comptes épargne temps (CET), représentant autant de temps de travail
supplémentaire qui n'a pas été payé. « Si les heures sup' ne sont pas toute
rémunérées, c'est que les budgets ne le permettent pas », souligne Nadine
Prigent, mettant ainsi le doigt sur la « principale donnée » de la crise de
l'hosto : la situation budgétaire, l'absence d'une « véritable politique d'investissement
dans l'emploi et la formation ». « Il faut lever les quotas » de places
autorisées dans les écoles d'infirmières, réclame-t-elle notamment. Les
premiers signaux donnés par la nouvelle équipe au pouvoir ne vont pas dans
ce sens : la veille de la visite de Sarkozy à Dunkerque, les responsables de
la fonction publique confirmaient aux syndicats l'intention de ne pas
remplacer un départ en retraite sur deux, y compris dans la fonction
publique hospitalière, et de ne pas augmenter les salaires sauf si cette
saignée dans les effectifs était menée à bien...

MANQUE de moyens financiers

« L'hôpital a besoin d'un plan emploi et formation. Il souffre d'un manque
de moyens financiers et d'un manque d'emplois », renchérit Jean-Luc Gibelin,
responsable d'un établissement et en charge de la santé au PCF. « La com',
ça suffit ! s'énerve-t-il. Sans augmenter le nombre de médecins formés, on
peut faire toutes les déclarations qu'on veut, venir en jogging à l'hôpital,
on ne changera rien. »

Yves Housson

Article paru dans l'édition du 23 mai 2007.



Article ajouté le 2007-06-13 , consulté 269 fois

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